»Mal de mère » de Stéphanie Thomas,  »Toucher la terre ferme » de Julia Kerninon &  »Son fils » de Justine Lévy

Titre VF : Mal de mères – Dix femmes racontent le regret d’être mère

Autrice : Stéphanie Thomas

Editions JC Lattès, 2021.

Genre : Féminisme, Essai, Education

Résumé :

 » Je regrette d’être devenue mère.

Si c’était à refaire, je m’abstiendrais.  »

 » Le regret maternel est le tabou ultime dans une société où la maternité est glorifiée et le plus souvent associée à un panel d’émotions positives. Pour la première fois, dix femmes racontent à travers des témoignages d’une intensité et d’une sincérité rares les différentes facettes de ce sentiment méconnu et troublant.

Un document unique et passionnant qui bouscule les idées reçues sur la maternité.  »

Chronique :

L’ultime tabou qu’il reste encore à franchir, la barrière ultime qu’il nous faut dépasser est l’acceptation du regret maternel. Il nous faut aller au delà des idées reçues, des schémas préconçus et entendre ce sentiment, écouter les femmes expliquer que les enfants ne sont pas la consécration absolue d’une vie.

Ces dix femmes, dont les noms ont été changés pour préserver leur anonymat viennent de tous horizons avec un passé et une situation sociale, professionnelle et personnelle bien distinctes pour aborder la question sous le plus d’angles possible. Stéphanie Thomas, psychiatre et psychanalyste, relate les vies de ces femmes, comment elles sont tombées enceintes, ce qui les a motivées ou si au contraire c’est arrivé un peu par accident. Aucunes n’étaient finalement préparées à ce qui allait suivre. On ne parle que du bonheur de donner la vie et de voir son enfant s’épanouir, mais personne ne met des mots sur la difficulté à apprivoiser son enfant, sur les plannings surchargés, la solitude, la charge mentale trop grande et la peur d’échouer quand les autres y arrivent si bien, pense-t-on.

A ceux qui pensent que ces témoignages sont des incitations à ne pas avoir d’enfants et sont d’une violence sans nom auprès des familles, il vous faut prendre conscience que si des siècles de patriarcat n’avaient pas minés les sentiments des femmes, le regret maternel serait reconnu par la société et non vu comme un crime. Certain.e.s ne sont pas fait.e.s pour être parents comme d’autres ne sont pas fait.e.s pour être médecins ou artistes. Il faut prendre conscience que la maternité n’est nullement une obligation mais bien un choix et qu’elle n’est pas le passage obligé d’une vie réussie et heureuse.

Tous pourront lire ces témoignages, parents ou non, femmes ou hommes, pour commencer à déminer ce terrain trop fertile au jugement et à l’invisibilisation.

 »Je suis abasourdie. Elsie préfère donc prendre le risque de regretter d’avoir un enfant que de ne pas en avoir du tout. Qu’est-ce qui a réellement fait pencher la balance en faveur de cette décision ?  »

Titre VF : Toucher la terre ferme

Autrice : Julia Kerninon

Editions L’Iconoclaste, 2022.

Genre : Littérature contemporaine

Résumé :

 » J’étais là, un bébé parfait dans les bras, et mon corps déchiré. Dans mon orgueil comme dans mon innocence, j’ai pensé que tout s’arrêtait, alors qu’au contraire, tout commençait.

Un soir de novembre, en pyjama sur le parking de la clinique, Julia Kerninon hésite à fuir. Son premier enfant vient de naître et, malgré le bonheur apparent, elle perd pied, submergée par les doutes et la peur des contraintes. Sa vie d’avant lui revient comme un appel au large : les amours passionnels, les nuits de liberté et les vagabondages sans fin.

Dans ce récit intime, Julia Kerninon plonge au cœur des sentiments ambigus de la maternité. Elle confie ses tempêtes intérieures : Comment être mère ? Comment rester soi ? Elle raconte cette longue traversée jusqu’à atteindre la terre ferme, où tout se réconcilie.  »

Chronique :

Devenir mère et vouloir à tout prix retrouver sa vie d’avant, ne plus comprendre ni son corps, ni ses envies. Devenir mère et vouloir tout abandonner, partir et fuir.

Un texte d’une sensibilité et d’une justesse rare. Les mots sont simples, une lettre ouverte, un cri du cœur. Des doutes, des aspirations, des envies et des conciliations, Julia Kerninon explore chaque facette de ces émotions, chaque acte comme un combat et un pied de nez à ceux qui prônent la morale classique et pernicieuse.

C’est touchant, sensible et précieux.

 » Aimer mon enfant était trop. […] Quand le bébé se réveillait, réclamant d’une voix poignante maman, maman, je n’étais pas là pour lui, je devais laisser son père s’en occuper, je restais à l’horizontale avec la certitude d’être en train de mourir.  »

Titre VF : Son fils

Autrice : Justine Lévy

Editions Stock, 2021.

Genre : Littérature contemporaine

Résumé :

 » Je suis arrivée dans la cellule où il se reposait et où un infirmier gentil m’a conduite. J’ai inspiré bien fort pour me donner du courage, mais j’étais sûre de moi, de mon bon droit, et de la puissance supérieure de la vérité. Je me suis campée devant lui et j’ai récité : Antonin, tu es né Antonin Marie Joseph Paul Artaud, le 4 septembre 1896 à 8 heures du matin au 15, rue du Jardin-des-Plantes, quatrième étage, en pleine santé, et je suis ta mère – que tu le veuilles ou pas, tu es mon fils et je suis ta mère. Ca ne lui a pas plu du tout. Il m’a considérée gravement, assez longtemps, avant de braquer un poing accusateur sur moi et de m’arracher le cœur :  »Vous vous prétendez ma mère, madame, mais la mère de Nanaqui est morte et son âme a quitté ce monde et vous êtes une envoûteuse et le démon qui m’a empoisonné  »

Chronique :

Etre mère au delà de tout, c’est aussi s’inquiéter à perdre la raison et vivre par procuration.

Justine Lévy dans ce premier roman qui ne s’inspire nullement de sa vie, revient sur le destin tourmenté d’Antonin Artaud et nous le décrit à travers le journal de sa mère.

Une mère invisible qui devient un roc, une montagne pour son fils. Elle déplace l’administration, les médecins et s’oublie pour que son fils soit bien soigné, soit heureux. Elle s’oublie pour que son fils ait un destin, car elle croit plus que tout en lui. Elle croit, elle sait au plus profond d’elle que son Antonin est un artiste de génie et que les fêlures et la dépression en est le pendant.

Au delà de la biographie romancée d’un artiste, c’est surtout le rôle sans interruption d’une mère qui est ici décrit. Ne reproduit-on pas nos erreurs sur nos enfants ? Justine Lévy flirte avec le roman noir en décrivant la mère toxique et castratrice d’Antonin Artaud. On ne peut s’empêcher de se demander ce que cet artiste serait devenu sans les peurs et la protection à outrance de sa mère…

 »Et voilà, Antonin est parti.  »

2 réflexions sur “ »Mal de mère » de Stéphanie Thomas,  »Toucher la terre ferme » de Julia Kerninon &  »Son fils » de Justine Lévy

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